SOCIETY OF AFRICAN MISSIONS

Orphélins d’Ebola

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sanniquellie articleIl y a près de 100 enfants orphelins d’Ébola qui ont été pris en charge. En ce moment, Éric prend en charge 25 orphelins qui ont été accueillis dans des familles.

Il a assuré la nourriture de ces enfants et de la famille hébergeant, pendant dix mois, maintenant, il assure la scolarité des enfants. Nous rendons visite à quelques familles ; Eric réalise alors que ce sont souvent des femmes seules qui ont pris en charge ces enfants et qu’elles ont beaucoup de mal à trouver de la nourriture. Il n’y a pas d’homme pour assurer la subsistance de la famille, cela lui pose question, comment continuer pour permettre à ces enfants d’avoir un foyer viable. Lors de l’interview de trois de ces enfants, nous avons fortement ressenti ce sentiment d’être abandonnés et cette demande d’aide.

La guerre et le virus ont vraiment mis à mal l’éducation qui a pris un grand retard d’autant que l’évaluation scolaire est complètement faussée pour ne pas décourager ceux qui n’arrivent pas. Le niveau scolaire est terriblement bas.

Lundi 20 décembre, nous participons à la fête de l’école qui est située juste en face de l’église, la cour de l’école et l’espace paroissial se confondent, si bien qu’une nuée d’enfants s’égaye près de l’église et de la cure. Ils portent tous l’uniforme de l’école. Une animation est donnée à la chapelle pour anticiper Noël puisque demain, ils sont en vacances. Notre séjour à Foya est bref, mais nous avons découvert Éric dans son élément et heureux d’être auprès des plus abandonnés, même si d’énormes difficultés se dressent devant lui, il ne baisse pas les bras, toujours le sourire aux lèvres, il a plein de projets.

En route pour Sanniquellie

Notre séjour chez lui est court, nous devons nous rendre à Sanniquellie, ville au Nord Est du Liberia et assez proche de Danané en Côte-d’Ivoire. Nous partons à 5 heures du matin dans la fraicheur de la nuit, l’harmattan est présent mais je le trouve assez modéré. Nous avalons des kilomètres de pistes et de poussière. Route à l’image des 60 kilomètres avant Foya. La piste, par endroit, ressemble à un champ de pommes de terre après la récolte mais les mottes sont dures comme des cailloux. J’ai encore d’avantage d’admiration pour ces missionnaires qui parcourent des kilomètres et vont à la rencontre de ces communautés isolées. Ici, seules les grosses voitures haut perchées et les motos peuvent circuler tellement les ornières sont profondes.

Nous arrivons, la nuit tombée, à Sanniquellie, Éric nous a laissé à l’évêché du diocèse, où un chauffeur de la paroisse nous a pris en charge. Deux jeunes sma, nous attendent avec un bon repas. Ils ont été nouvellement nommés dans cette paroisse, Lawrence, ghanéen est le curé et Jean, le vicaire, ivoirien, tout jeune prêtre ordonné le 18 juin de cette année. Heureusement, il y a une bonne communauté de Sœurs Franciscaines qui les entoure et prends soins d’eux. Nous avons déjà profité de ce privilège.

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Nous allons passer les fêtes de Noël chez eux, ce sera aussi pour nous un temps de pause, même si nous avons une ou deux interviews à assurer. Il y a grand confort puisqu’en principe nous avons l’électricité 24 heures sur 24, c’est la seule ville du Libéria ainsi alimentée en électricité fournie par la Côte-d’Ivoire. Ça c’est la théorie, déjà aujourd’hui, 24 décembre plus de courant, est-ce pour ne pas troubler la nuit de Noël qui doit être lumière pour le monde ?

On va faire avec… Nous passons la veillée dans la ville et demain, nous irons célébrer en brousse le jour de Noël.

Nos confrères ont conscience qu’ils arrivent dans une région qui a été très touchée et par la guerre et par Ébola, en effet, la frontière guinéenne est tout proche. Nous avons rencontré une maman qui a perdu onze membres de sa famille. Dès qu’il y a eu des morts, ils ont été confinés chez eux, les morts dans la maison et les survivants dans la cour. Les pères venaient leur apporter de l’eau et de la nourriture. Cette dame avait perdu son mari exécuté pendant la guerre. Avec tous ces malheurs, on ne ressent pas chez elle aigreur ou abattement, elle a exprimé une très grande reconnaissance à l’Eglise qui ne l’a pas abandonnée.

La vie a repris ici, il suffit de voir le nombre d’enfants, avenir du pays. Mais ces deux catastrophes ont laissé des marques indélébiles dans les cœurs. Pour eux « no futur », ils n’investissent pas dans l’avenir, les plantations ont été abandonnées, à quoi bon travailler si un autre malheur vient s’abattre sur le pays. Il faut avoir l’argent tout de suite. Le petit commerce tient une place importante. Ce matin, jour du marché, j’ai assisté au long défilé de taxi-motos dévalant, en roue libre, la piste devant la mission. En moyenne, ils sont trois sur la moto, plus les bagages qui pendent de chaque côté, j’en ai vu une avec cinq adultes juchés sur la même moto, le chauffeur collé contre son guidon.

De nombreuses organisations, surtout américaines, ont beaucoup investi mais n’ont pas su impliquer la population dans leurs actions si bien que le pays s’est transformé en pays mendiant comptant plus sur l’aide extérieur que sur un engagement intérieur. Il est remarquable de voir fleurir à l’entrée des villages de nombreuses pancartes d’ONG, mais en dehors de ces pancartes que reste-t-il ?

Mis à part les smartphones et les lampes leds, j’ai l’impression de me retrouver quarante ans en arrière lorsque je découvrais l’Afrique pour la première fois. Ces pistes défoncées, ces taxis-brousses surchargés, ces petits commerces, toutes ces images d’aujourd’hui, je les ai dans mes premières photos africaines. Les missionnaires ont vraiment leur place ici pour redonner espoir et remettre l’homme debout et surtout les détourner des marchands de rêve que sont les nombreuses petites églises dites évangéliques mais qui attirent les gens en leur promettant la fortune grâce à la prière et aux dons pour le pasteur.

L’espoir est venu de ce petit enfant fragile et sans défense, il a sauvé le monde, c’est ce message que veulent partager nos confrères sma et que je partage avec vous à quelques heures avant de célébrer cette belle fête de la lumière.