
Le 8 décembre 2016 marque le 160ème anniversaire de la fondation de la Société des Missions Africaines. Ce jour-là, Mgr Melchior de Marion Bresillac avec ses compagnons, se rendirent au Sanctuaire de Notre-Dame de Fourvière, Lyon, pour demander la protection de la Vierge Marie pour
sa nouvelle Société. Nous faisons bien de nous rappeler que notre Société continue d’être sous la protection de Notre-Dame. Nous faisons aussi bien de continuer quotidiennement à prier, par l’intercession de Notre-Dame pour que notre Société reste fidèle à la Mission qui lui a été confiée par Dieu.
Il semble inutile de remarquer que le monde a connu un changement énorme et profond depuis ces 160 années d’intervention. Chaque partie de notre monde a connu un changement et l’Afrique ne fait pas exception. Notre société, elle aussi, a été marquée par un profond changement. Les premières années de croissance solide et rapide en Europe, suivies d’une extension aux Amériques, ont fait place à la diminution et au vieillissement dans ces régions. Peu de vocations proviennent des anciennes Entités de notre Société. Cela contraste avec la croissance rapide de l’adhésion en Afrique, en Asie et en Pologne ces trente dernières années. La participation active à notre mission par des laïcs associés de différentes Entités est un développement bienvenu. La réflexion continue sur la façon dont nous pourrions mieux développer une large famille charismatique</> pour la mission africaine.
Nos récentes Assemblées ont réfléchi à la question : le charisme de la SMA reste-t-il valable dans ce contexte très changeant ? Le mieux que l’on puisse dire, c’est que les assemblées ont répondu par un oui
provisoire. L’AG13 a déclaré qu’ : Il y a un manque de clarté et de compréhension commune de la mission et du charisme dans la SMA
, et a demandé au Supérieur général et au Conseil de continuer à promouvoir la réflexion et la création d’un consensus sur la mission SMA dans toutes les Entités / Régions. A cette fin, le Conseil général a prévu que l’année 2017 sera marquée d’une manière spéciale par une réflexion de la Société sur ce thème. Cette réflexion devrait prendre son élan du colloque SMA / OLA qui a eu lieu à Nocetta en novembre 2016, où nous avons dévoilé le patrimoine spirituel commun de nos deux congrégations au cours des cinquante premières années de notre existence. L’année de réflexion se terminera par un séminaire durant lequel les membres de différents centres à travers le monde entier réagiront de manière interactive sur ce thème. [Plus d’informations sur ce processus de réflexion viendront dans les prochaines semaines].
A l’approche de cette année de réflexion et du séminaire de conclusion, nous rappelons bien les paroles du pape François dans Evangelii Gaudium.
222. Il y a une tension bipolaire entre la plénitude et la limite. La plénitude provoque la volonté de tout posséder, et la limite est le mur qui se met devant nous. Le “temps”, considéré au sens large, fait référence à la plénitude comme expression de l’horizon qui s’ouvre devant nous, et le moment est une expression de la limite qui se vit dans un espace délimité. Les citoyens vivent en tension entre la conjoncture du moment et la lumière du temps, d’un horizon plus grand, de l’utopie qui nous ouvre sur l’avenir comme cause finale qui attire. De là surgit un premier principe pour avancer dans la construction d’un peuple : le temps est supérieur à l’espace.
223. Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. Il aide à supporter avec patience les situations difficiles et adverses, ou les changements des plans qu’impose le dynamisme de la réalité. Il est une invitation à assumer la tension entre plénitude et limite, en accordant la priorité au temps. Un des péchés qui parfois se rencontre dans l’activité socio-politique consiste à privilégier les espaces de pouvoir plutôt que les temps des processus. Donner la priorité à l’espace conduit à devenir fou pour tout résoudre dans le moment présent, pour tenter de prendre possession de tous les espaces de pouvoir et d’auto-affirmation. C’est cristalliser les processus et prétendre les détenir. Donner la priorité au temps c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces. Le temps ordonne les espaces, les éclaire et les transforme en maillons d’une chaîne en constante croissance, sans chemin de retour. Il s’agit de privilégier les actions qui génèrent les dynamismes nouveaux dans la société et impliquent d’autres personnes et groupes qui les développeront, jusqu’à ce qu’ils fructifient en évènement historiques importants. Sans inquiétude, mais avec des convictions claires et de la ténacité.
Notre tâche est donc, au cours de l’année de réflexion, d’éviter la tentation de se concentrer uniquement sur la résolution immédiate des problèmes. Ouvrir nos esprits et nos imaginations à de nouveaux horizons et de nouvelles possibilités. De même, le Conseil général étudie une approche différente de l’Assemblée générale 2019. Cette approche s’appelle le discernement affirmatif. D’une manière générale, cette méthodologie se concentre sur les aspects positifs, les capacités, les dons disponibles et les rêves plutôt que sur la résolution de problèmes. Une fois que le Conseil général l’aura étudié davantage, il sera en mesure de faire une proposition au Conseil Plénier de 2017 pour sa ratification ou son rejet.
Une récente visite de nos missions au Bénin et au Niger me convainc que notre charisme reste valable. J’ai eu la grâce de visiter toutes nos missions au Bénin. Là, j’ai vu nos missionnaires lutter pour évangéliser les plus abandonnés, souvent dans des conditions d’extrême pauvreté et d’insécurité accrue, dans un environnement islamique de plus en plus hostile. J’ai aussi rencontré trente-cinq jeunes hommes au Centre Brésillac qui souhaitent consacrer leur vie à la mission ad extra. Pourquoi le Saint-Esprit appellerait-il de tels jeunes à cette vocation si le charisme de la SMA n’était plus valable ?
Le Conseil Plénier de 2016 a fait la déclaration suivante :
Au centre de nos activités missionnaires, se trouvent l’Afrique et les peuples d’origine africaine. Les lieux de première évangélisation restant encore très vastes en Afrique, l’activité missionnaire y est loin d’être terminée ; aussi convient-il que ce continent reste au cœur de notre engagement pour la mission.
Afin de soutenir notre mission dans les zones de première évangélisation, le CP a convenu d’établir un nouveau fonds des missions. Ce Fonds sera opérationnel en 2018, et les provinces et les districts sont invités à y contribuer.
Le CP 2016 a également noté que nous avons encore des engagements de mission dans les entités en dehors de l’Afrique. Nous voulons assurer la continuité de la présence SMA dans ces Entités et faire la mission avec un style qui nous est spécial
. Nous avons maintenant des missionnaires des plus jeunes Entités qui travaillent dans toutes les anciennes Entités. Nous allons bientôt ouvrir une nouvelle mission à Maastricht, au Pays-Bas, avec un membre du DF Bénin / Niger et un membre du DF Inde. Le défi est de s’assurer que le style de mission dans toutes ces nouvelles missions est en accord avec le charisme de SMA. Le chapitre introductif de nos Constitutions & Lois, citant le Fondateur, déclare : [nous] utilisons des méthodes plus proches de la simple prédication évangélique des Apôtres sans abandonner la folie de la Croix
.
De Bresillac a fait face à de nombreux défis de taille en 1856. Aujourd’hui, sa société fait face à des défis différents mais non moins redoutables. Nous devons soutenir la croissance des plus jeunes Entités en faisant tout notre possible pour soutenir la SMA dans nos anciennes Entités. Ce n’est pas une tâche facile : équilibrer les besoins les uns des autres, prioriser la mission tout en veillant à ce que les ressources soient suffisantes pour former de nouveaux membres et soutenir les unités qui connaissent une fragilité croissante. Bresillac était un homme d’une grande foi. Nous, les héritiers de son rêve, sommes appelés à avoisiner ce niveau de foi dans notre propre vie et dans notre vocation missionnaire.
Puisse ce 160e anniversaire de notre fondation être l’éperon qui nous pousse à des niveaux toujours plus élevés d’engagement pour être missionnaires du fond du cœur
.
Fachtna O’Driscoll
Supérieur Général,
Rome, novembre 2016

