SOCIETY OF AFRICAN MISSIONS

Que peut offrir la SMA à l’Afrique du Sud ?

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image 3 L’enseignement du catéchisme hebdomadaire à un groupe d’enfants avec le Père Martin Walsh

Je me suis récemment rendu en Afrique du Sud, précisément du 2 au 10 mars 2016. Mais avant tout propos, je voudrais sincèrement dire merci au P. Pius Afiabor, supérieur régional et à tous les confrères SMA pour l’accueil chaleureux que j’ai reçu.  C’était la première fois que je me rendais dans ce pays et j’y ai énormément appris. J’y ai découvert les joies et les défis du terrain pastoral de nos confrères.

J’y ai rencontré les évêques des diocèses de Rustenburg et de Pretoria où travail la SMA. Ces évêques m’ont éclairé sur la mission de la SMA dans ce pays au sein de leurs perspectives pastorales. Je voudrais donc partager avec vous ces moments forts que j’ai vécus, mais surtout les principaux points concernant la mission dans la Nation Arc-en-ciel.

1. La neutralité  Bien que l’apartheid soit officiellement aboli, il me semble qu’il faudra encore une ou deux générations pour reconstruire une société telle que souhaitée par l’abolition de ce système. En effet, il n’est pas rare d’entendre des commentaires sur les races dans une simple conversation dans le pays. Les confrères SMA, arrivant dans ce pays sans le bagage de son passé et, de ce fait, se positionnant ou se trouvant positionnés comme neutres, sont donc facilement acceptés par toutes les races présentes dans une communauté. La communauté des migrants des autres pays africains croît en nombre dans diverses régions d’Afrique du Sud. Ceci s’accompagne de sa conséquence de montée de la tension entre ces migrants et les nationaux noirs, en raison du danger supposé ou réel du chômage galopant. Même dans ce contexte, la présence de nos confrères se révèle être une grande bénédiction. Beaucoup de nos confrères voient l’importance de vivre une vie communautaire qui serait le départ d’un excellent service à travers le témoignage d’une communauté internationale fraternelle dans un pays qui rêve d’un tel mélange, tout en luttant contre les blessures du passé.

Père Noel Gillespie avec la communauté dans un village pour la formation continuePère Noel Gillespie avec la communauté dans un village pour la formation continue

2. Enseignement de la foi Pour les évêques de Rustenburg et de Pretoria, la priorité actuelle du pays est l’enseignement de la foi. De cette observation, l’Église d’Afrique du Sud se concentre sur l’enseignement de la foi qui va au-delà de la préparation aux sacrements. J’ai constaté qu’à cet effet, trois programmes étaient en cours : le RICA, le “Young Adult faith formation” (formation des jeunes adultes dans la foi) et le “Renew Africa” (Renouveler l’Afrique). J’ai observé avec plaisir que nos confrères croient en ces priorités et mettent tout en œuvre pour y parvenir en mettant parmi leurs priorités la formation et la formation des formateurs. En faisant ceci, ils mettent en exergue un aspect très important du missionnaire qui consiste à agir sur deux fronts : comme enseignant et comme coordonnateur des enseignants. Le missionnaire fournit un enseignement de qualité ainsi favorise la quantité par son rôle de coordinateur. Seule une solide formation de la foi des adultes peut faire face aux défis pastoraux contemporains les plus cruciaux.

3. Famille L’ancien système de l’apartheid et l’industrie minière actuelle semblent avoir détruit le tissu familial. Certains mineurs travaillent et vivent loin de leurs familles, dans des foyers uniquement destinés aux hommes ; ceux d’entre eux qui le peuvent retournent à la maison une ou deux fois par an. La société fait face à des conséquences dévastatrices. Certaines statistiques ont même montré que trois enfants sur dix vivent sous le même toit que leur père. Si donc vous voulez être poli, si vous ne voulez pas embarrasser les autres et vous embarrasser vous-mêmes, évitez de poser des questions sur le père. Le nombre de personnes vivant avec le VIH s’accroit de manière exponentielle. Les grossesses précoces mettent fin aux études de beaucoup de filles. Les enfants grandissent avec leurs grand-mères tandis que les mères vont dans les villes, soit pour des études soit pour chercher du travail. De nombreux enfants vivent tous seuls, sans adulte, car le SIDA a emporté les tuteurs, ils sont donc vulnérables ! Le sacrement du mariage apparaît à beaucoup comme quelque chose d’exotique. L’Église d’Afrique du Sud nous appelle, nous missionnaires, à faire quelque chose de prophétique, comme par exemple à concevoir des programmes ciblés en collaboration avec l’Église locale à laquelle nous devrons rester attachés les décennies qui suivent. Ce sera comme planter des oliviers pour les générations à venir.

Une jeune femme explique les programmes de formation de foi à des jeunes adultesUne jeune femme explique les programmes de formation de foi à des jeunes adultes

4. Le leadership de l’Église Les apôtres ont prêché l’Évangile, ils ont fait des diacres, des anciens et des évêques dans l’Église primitive afin de leur succéder au service de cette dernière. Les missionnaires travaillent en se basant sur la perspective de la relève élaborée depuis leur arrivée. Quel genre de vision voyons-nous émerger en Afrique du Sud? Le mariage et le célibat se soutiennent. Ainsi, lorsque l’un est affecté, l’autre en souffre forcément. Les formateurs et les évêques voient les luttes des prêtres pour honorer leur vocation au célibat. Beaucoup de candidats quittent la voie du sacerdoce soit avant l’ordination ou pendant les premières années après l’ordination. Les dirigeants de l’Église sont convaincus que le point de départ n’est pas la promotion des vocations, mais la construction des familles. Entre temps, ils voient les diacres permanents comme une des solutions possibles. En raison de longues distances entre les églises, ainsi que la rareté des prêtres, les leaders laïcs jouent un rôle vital dans de nombreux endroits. Certains missionnaires viennent d’Églises et de sociétés où tout est centré sur ou autour du prêtre. Il est possible que, pour eux, tout centraliser autour du prêtre soit perçu comme un pas en avant. Mais alors ils risquent d’inverser le développement déjà atteint par l’Eglise sud-africaine en matière de leadership des laïcs. Pour différents ministères, dans le contexte actuel, les missionnaires ont besoin de voir les diacres permanents et les responsables laïcs non seulement comme des collaborateurs immédiats, mais aussi comme des successeurs potentiels.

5. Choix des missions: Nos membres travaillent dans trois diocèses : dans le diocèse de Rustenburg, avec des missions essentiellement rurales, ayant très peu de prêtres diocésains et aucun séminariste ; puis dans les diocèses de Pretoria et de Johannesburg, qui sont différents du premier cité. Nous apprécions notre présence dans les trois diocèses, car elle nous donne de vivre la mission de manière diverse et variée selon les besoins. Nous reconnaissons que les missions rurales exigent plus de soutien financier ; nous devons donc en limiter le nombre à ce que nous pouvons réellement et efficacement gérer. Puisque les missions en milieux urbains s’autofinancent, elles ne pèsent pas sur les entités d’envoi et, à certains égards, elles peuvent même alléger le fardeau de ces entités et soutenir les missions rurales. Des groupes de soutien financier ont été créés dans des missions urbaines. Ce fut un grand plaisir pour moi de rencontrer certains groupes en herbe, nés à l’initiative de nos confrères. Ils peuvent être un grand atout missionnaire. Comme nous essayons de trouver un équilibre entre prendre des risques et être réalistes, nous gardons plus près de nos cœurs les lieux qui ont le plus besoin de nous. Qui peut les choisir sinon les missionnaires ?

L'équipe à Vereeniging, Johannesburg. De gauche à droite: Dim Emmanuel, Samuel Munyi, Francis Rozario, DENOUKOUIA Gonsan Henri.L’équipe à Vereeniging, Johannesburg. De gauche à droite: Dim Emmanuel, Samuel Munyi, Francis Rozario, DENOUKOUIA Gonsan Henri

6. Les laïcs missionnaires L’Afrique du Sud offre de nombreux défis sociaux, et ces défis offrent aux laïcs missionnaires de la Société des Missions Africaines de fantastiques possibilités pastorales. Nous pouvons explorer les possibilités de certains projets avec des engagements à long terme. Chers lecteurs et lectrices, j’ai vu et entendu, tout au long de mon séjour, l’Afrique du Sud rendre un vibrant hommage à la contribution de la SMA. Assurément, nous nous tenons debout sur une solide histoire construite au fil des années par nos confrères servant main dans la main avec l’Eglise locale. Nous voyons la sincérité de leur engagement dans la stabilité qu’ils promettent à ce pays de mission, dans leur maîtrise des langues locales, et dans leur étroite collaboration avec les évêques. L’Afrique du Sud aura besoin de nous et de notre charisme pour un bon nombre d’années à venir. On entrevoit la perspective de décennies passionnantes et fructueuses de mission en Afrique du Sud !

S. I. Francis Rozario, SMA