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François : le Pape des Migrants et des Réfugiés

Pope Image by Annett Klingner from Pixabay

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Si le pape François est cohérent et constant sur un point, c’est bien sur sa position en matière d’immigration. 
Lors de sa troisième et dernière visite de trois jours en Hongrie, le Saint-Père a courageusement parlé, au cours de la messe, de la nécessité d’être des « portes ouvertes ». S’inspirant de l’évangile de saint Jean (10 :1-10) lors du quatrième dimanche de Pâques, également connu comme le bon berger ou le dimanche des vocations, l’évêque de Rome, âgé de 86 ans, s’est concentré sur l’aspect de Jésus en tant que « porte qui permet au troupeau d’entrer et de sortir et de trouver des pâturages ».

Portes fermées

Dans un pays où le Premier ministre, Victor Orban, est connu pour son opposition à l’idée d’une « immigration ouverte », craignant que l’immigration ne menace la culture chrétienne en Europe, le chef de l’Église catholique a déclaré : « Il est triste et douloureux de voir des portes fermées. Les portes fermées de notre égoïsme à l’égard des autres ; les portes fermées de notre individualisme dans une société de plus en plus isolée ; les portes fermées de notre indifférence à l’égard des défavorisés et de ceux qui souffrent ». S’adressant à tous, y compris aux évêques, au sujet de sa préoccupation sur les portes fermées, « je le dis aussi à nos frères et sœurs laïcs, aux catéchistes et aux agents pastoraux, à ceux qui ont des responsabilités politiques et sociales, et à ceux qui vivent simplement leur vie quotidienne, qui n’est pas toujours facile, les portes que nous fermons à ceux qui nous sont étrangers ou qui ne nous ressemblent pas, aux migrants ou aux pauvres. Portes fermées aussi à l’intérieur de nos communautés ecclésiales : portes fermées aux autres, portes fermées au monde, portes fermées à ceux qui sont « irréguliers », portes fermées à ceux qui aspirent au pardon de Dieu ».

Portes ouvertes

S’adressant aux quelques 50 000 personnes qui ont assisté à la messe, selon les autorités locales, dont plus de 30 000 sur la place, par une matinée de printemps brillamment ensoleillée, le souverain pontife a appelé la Hongrie à « ouvrir ces portes », à l’image de Jésus qui est « une porte ouverte : une porte qui n’est jamais fermée au nez de quiconque, une porte qui permet à tous d’entrer et de faire l’expérience de la beauté de l’amour et du pardon du Seigneur ».

Samedi, le pape François a remercié les Hongrois d’avoir accueilli les réfugiés ukrainiens et les a exhortés à aider toute personne dans le besoin, tout en appelant à une culture de la charité. Il a fait l’éloge de l’Église catholique hongroise pour l’aide qu’elle a apportée aux personnes fuyant la guerre et l’a invitée à continuer à faire preuve de charité envers tous ceux qui ont besoin d’aide.

Le premier pape jésuite a appelé à « l’ouverture et à l’inclusion », une voie qui, selon lui, « aidera la Hongrie à grandir dans la fraternité, qui est le chemin de la paix ».

Constance inébranlable pour la justice

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Le 31 mars 2019, dans l’avion qui le ramenait du Maroc, le pape François avait répondu à une question sur les migrations en général et sur les États-Unis que les dirigeants politiques qui veulent ériger des murs et d’autres barrières pour empêcher les migrants d’entrer « finiront par devenir prisonniers des murs qu’ils construisent ».

Le pape n’ignore pas les défis que doivent relever les différents gouvernements : « Je me rends compte qu’avec ce problème de l’immigration, un gouvernement a une patate chaude entre les mains, mais il doit être résolu différemment, humainement, pas avec des barbelés », a déclaré, dans l’avion, le pape d’origine argentine.

En 2022, les campagnes italiennes précédant les élections présidentielles générales ont été marquées par le thème de la migration. Même si la coalition de droite anti-immigration était en passe de remporter les élections, le pape François avait exhorté les Italiens à aider les migrants.

S’exprimant à la fin d’une messe en plein air dans la ville de Matera, dans le sud de l’Italie, le pape avait rappelé que le dimanche 25 septembre coïncidait avec la Journée mondiale du migrant et du réfugié. Il disait notamment aux fidèles : « Les migrants doivent être accueillis, accompagnés, promus et intégrés. » Et encore : « Renouvelons notre engagement à construire l’avenir conformément au plan de Dieu : un avenir dans lequel les migrants et les réfugiés pourront vivre dans la paix et la dignité ».

Giorgia Meloni est le premier dirigeant d’extrême droite du pays depuis Mussolini, qui ait déclaré un jour que les Italiens devaient « rapatrier les migrants dans leurs pays et ensuite couler les bateaux qui les ont secourus ».

Cet été-là, Meloni et Matteo Salvini, un ancien ministre de l’intérieur qui a pris des mesures très médiatisées pour bloquer l’arrivée des demandeurs d’asile dans les ports italiens, se sont mobilisés contre ce qu’ils ont qualifié de faux réfugiés ; et ils ont dépeint l’arrivée des demandeurs d’asile en Italie comme une « invasion ».

En 2021, de retour d’une visite à Lesbos, l’île grecque au centre de la crise des réfugiés en Europe, le pape François a attaqué l’Europe, en dénonçant son indifférence et son mépris cynique alors que des personnes continuent de mourir au cours de leurs traversées en mer.

Le 17 juin 2015, lors de l’audience générale, le pape François a appelé au respect des migrants et a suggéré que « les personnes et les institutions » qui leur ferment la porte devraient demander pardon à Dieu.

L’accueil, la protection, la valorisation et l’intégration


Lampedusa
François est depuis longtemps un défenseur des migrants – il a donné le coup d’envoi de son pontificat en 2013 en se rendant sur l’île italienne de Lampedusa ; les migrants l’utilisaient comme point de passage pour pouvoir entrer en Europe. Alors en prière au bord de la mer, il s’exprimait ainsi ; « Qui a pleuré pour la mort de ces frères et de ces sœurs ? Qui a pleuré pour ces personnes qui étaient sur ces bateaux ? Pour ces mamans qui portaient leur enfant ? Pour ces hommes qui désiraient quelque chose pour soutenir leur propre famille ? Nous sommes dans une société qui a oublié l’expérience des pleurs, du « souffrir avec ». La mondialisation nous a tué la capacité de pleurer. »

Le 21 février 2017, le pape a expliqué que la réponse à la crise migratoire devait « s’articuler autour de quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer ». Il a invité à « se réapproprier la valeur de la fraternité » en rappelant que « la présence de l’autre… ne menace pas, mais interroge, réaffirme et enrichit notre identité individuelle ». – « Un petit groupe d’individus ne peut contrôler les ressources de la moitié du monde quand des personnes et des peuples entiers ne peuvent n’avoir le droit que de ramasser les miettes ». – L’aide aux migrants est « un devoir de justice, de civilisation et de solidarité ». La question « Où est ton frère ? », « n’est pas une question adressée à d’autres, c’est une question adressée à moi, à toi, à chacun de nous ».

Lors d’une polémique médiatisée, François et Trump se sont échangé des piques – François déclarant que quiconque veut construire des murs « n’est pas chrétien ».

« Je vous invite tous à demander pardon pour les personnes et les institutions qui ferment la porte à ces personnes qui cherchent une famille, qui cherchent à être protégées », a-t-il déclaré dans des remarques non scénarisées prononcées d’une voix sombre.

Des avis partagés

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En 2021, selon Eurostat, 2,3 millions d’immigrants sont arrivés dans l’UE en provenance de pays tiers. À titre de comparaison, en 2020, on estimait à 1,9 million le nombre d’immigrants dans l’UE en provenance de pays non-membres de l’UE.

En 2018, l’enquête du Pew Research Center a indiqué que la majorité des citoyens des principaux pays d’accueil des migrants affirment que les immigrants renforcent leur pays, sur les 18 pays qui accueillent la moitié des migrants dans le monde.

Dans 10 des pays étudiés, la majorité considère les immigrés comme une force plutôt que comme un fardeau. Parmi eux figurent certains des plus grands pays d’accueil de migrants au monde : les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Canada et l’Australie (chacun accueillant plus de 7 millions d’immigrés en 2017).

En revanche, la majorité des personnes interrogées dans cinq pays (Hongrie, Grèce, Afrique du Sud, Russie et Israël) considèrent les immigrants comme un fardeau pour leur pays. À l’exception de la Russie, ces pays comptent chacun moins de 5 millions d’immigrés.

Par ailleurs, l’opinion publique sur l’impact des immigrants est divisée aux Pays-Bas. En Italie et en Pologne, les personnes interrogées sont plus nombreuses à dire que les immigrants sont un fardeau, tandis qu’une part importante d’entre elles ne penche ni pour l’un ni pour l’autre (31 % et 20 % respectivement).

Migrations et droits de l’homme

Alors que le pape François appelle à « ouvrir les portes », les pays cherchent des solutions pour freiner l’immigration et l’immigration clandestine. La première chose à savoir est que la migration n’est pas un problème à résoudre ; en fait, c’est un puissant moteur de développement durable, pour les migrants et leurs communautés. Elle apporte des avantages significatifs en termes de compétences, de renforcement de la main-d’œuvre, d’investissements et de diversité culturelle, entre autres.

Si les personnes ont le droit d’immigrer dans d’autres États, ce droit n’est pas absolu.

Dans leur livre Migration in Political Theory : The Ethics of Movement and Membership Sarah Fine & Lea Ypi soutiennent que, comme les autres droits de l’homme sur lesquels il est fondé, le droit à l’immigration peut être limité dans certaines circonstances. En dehors de ces circonstances, cependant, les restrictions à l’immigration sont injustes. L’idée d’un droit de l’homme à l’immigration n’est pas une demande de « frontières ouvertes ». Il s’agit plutôt d’une demande pour que les libertés fondamentales bénéficient du même niveau de protection lorsque les personnes cherchent à les exercer au-delà des frontières et à l’intérieur de celles-ci.

Ce que propose l’OIM

italy germany
Pour résoudre le problème de l’immigration, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recommande aux pays de promouvoir la stabilité, l’éducation et les possibilités d’emploi et de réduire les facteurs de migration forcée en favorisant la résilience, permettant ainsi aux individus de faire le choix de rester ou de migrer.

La collecte, l’analyse et l’utilisation de données et d’informations crédibles sur, entre autres, la démographie, les mouvements transfrontaliers, les déplacements internes, les diasporas, les marchés du travail, les tendances saisonnières, l’éducation et la santé sont essentielles pour élaborer des politiques fondées sur des faits, qui évaluent les avantages et les risques de la migration.

La coopération régionale peut contribuer à minimiser les conséquences négatives de la migration et à préserver son intégrité. Elle peut également contribuer aux objectifs de développement régionaux et mondiaux en améliorant le capital humain par le biais du développement durable et en garantissant une croissance économique à long terme.

Les migrations peuvent avoir des retombées socio-économiques positives, tant pour la société que pour les migrants. Pour que les pays puissent bénéficier de ces avantages, leurs politiques et leurs pratiques doivent favoriser le bien-être socio-économique des migrants et de la société, tout en adhérant aux normes internationales qui respectent, protègent et mettent en œuvre les droits de l’homme des personnes se trouvant sur le territoire d’un État, sans discrimination fondée sur la nationalité, la race, le sexe, la religion ou le statut migratoire.

Si des structures adéquates sont mises en place, nous pouvons presque être d’accord avec Barack Obama lorsqu’il a prononcé son discours d’adieu le 10 janvier 2017 en disant : « Les stéréotypes d’aujourd’hui sur les immigrés ont été dits presque mot pour mot sur les Irlandais, les Italiens et les Polonais. Les États-Unis n’ont pas été affaiblis par ces personnes ».

                                                                    Par Dominic Wabwireh